Les Intervenants
- Bruno Retailleau : Ancien ministre de l’Intérieur, sénateur de la Vendée et président du groupe Les Républicains au Sénat. Spécialiste des enjeux régaliens, il défend une ligne de fermeté et de responsabilité sur le rôle central des élus locaux.
- Thibault de Montbrial : Avocat pénaliste et président du Centre de réflexion sur la sécurité intérieure (CRSI). Expert des questions de sécurité, de terrorisme et d’État de droit, il analyse les dysfonctionnements du système pénal.
- Christophe Le Bihan : Lieutenant-colonel de la réserve citoyenne de la Gendarmerie nationale et adjoint au maire de Vitré chargé de la sécurité. Il incarne une approche opérationnelle et pragmatique de la sécurité locale.
- Arnaud Benedetti : Directeur de la Nouvelle Revue Politique, professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne, politologue et analyste. Il apporte un éclairage intellectuel et stratégique sur les enjeux démocratiques et politiques liés à la sécurité.
Cette table ronde a été introduite par Samia Soultani-Vigneron.
Le Contenu : Constats, Enjeux et Perspectives
Le principe fondamental rappelé par l’ensemble des intervenants est que la sécurité est au cœur du pacte républicain. Elle est à la fois la première mission de l’État et un champ d’action concret de l’action municipale, plaçant les maires et les élus locaux en première ligne.
Un constat sans détour : un écart préoccupant entre besoins et moyens
Les échanges ont souligné un décalage manifeste entre la réalité de l’insécurité et les moyens alloués, notamment à l’échelle locale.
- Exemple de Laval : Moins de dix policiers municipaux pour près de 50 000 habitants et un parc de vidéoprotection limité, jugés clairement insuffisants.
- Réalité vécue : Le sentiment d’insécurité a été rappelé comme une réalité pour les habitants (agressions, incivilités, dégradations, insécurité routière, protection des enfants sur le chemin de l’école).
Une criminalité en profonde mutation
Les intervenants ont mis en évidence l’évolution rapide et inquiétante de la délinquance, qui est désormais :
- Structurée, mobile et professionnalisée, notamment autour du narcotrafic.
- Utilisant les nouvelles technologies : messageries cryptées, réseaux sociaux, recrutement local de jeunes exécutants, logiques criminelles très fluides.
- Caractérisée par une accélération et une banalisation de la violence (un chiffre national évoqué : une agression physique toutes les trois minutes).
Autorité, justice et efficacité : des réformes indispensables
Un point de convergence fort a émergé : l’affaiblissement de l’autorité nuit directement à la sécurité. Les problèmes soulevés incluent :
- La lenteur des procédures.
- Des réponses pénales trop tardives ou illisibles.
- Le sentiment d’impunité chez certains délinquants, notamment les plus jeunes.
- Le découragement des forces de l’ordre.
Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de réformes pénales profondes pour redonner cohérence, lisibilité et efficacité à la sanction, condition indispensable de la dissuasion.
Le rôle déterminant des communes : L’exemple de Vitré a illustré l’importance de la volonté politique locale pour la sécurité, avec les choix suivants :
- Présence réelle sur le terrain.
- Coopération étroite entre police municipale et gendarmerie (patrouilles et entraînements communs).
- Équipements adaptés.
- Suppression immédiate des dégradations.
- Dialogue constant avec les habitants.
Ces actions ont permis de restaurer la confiance et d’établir que la sécurité repose sur des règles claires et respectées.Des Orientations Claires pour l’AvenirDe cette rencontre se dégagent plusieurs axes structurants :
- Une vision globale de la sécurité, intégrant la tranquillité publique, la sécurité routière, scolaire et du quotidien.
- Un renforcement des moyens, des compétences et de l’attractivité de la police municipale, en lien étroit avec les forces nationales.
- Un recours maîtrisé aux nouvelles technologies (vidéoprotection, outils numériques), au service de l’efficacité et de la protection, et non du contrôle abusif.
- Un travail de fond sur l’autorité, l’école, la responsabilité parentale et la cohésion sociale.
Un message transversal : droits et devoirs indissociables
Enfin un message fort qui a traversé l’ensemble des échanges est qu'une société fondée sur les droits ne peut fonctionner sans le rappel clair des devoirs. La question de l’autorité, trop longtemps esquivée, doit être assumée pour protéger les plus vulnérables et garantir la cohésion sociale. En conclusion, la sécurité ne se décrète pas, elle se construit par une action publique cohérente, ferme et de proximité, où les élus locaux prennent leurs responsabilités pour répondre à l’exigence première des citoyens : vivre librement et en sécurité.